Quels lignages pour l'apprentissage de l'écriture ?

19/06/2013 00:00

 

La France est le seul pays qui utilise du lignage Seyès — le "papier à grands carreaux" des collégiens. Sa particularité est de proposer, outre la ligne, trois interlignes. Voici quelques remarques un peu techniques sur ce lignage particulier, ainsi qu'une page à télécharger de Seyès adapté pour les enfants ayant des difficultés de repérage dans la feuille. 

 

Organisation de la page

Au début de chaque page, on voit une ligne complète, avec ses trois interlignes vers le haut. Les élèves sont souvent décontenancés : comme ils ne voient pas la ligne supérieure, ils pensent souvent que cette première ligne est incomplète. Bien au contraire, cette ligne qui n'est pas précédée d'une autre ligne est l'endroit privilégié pour faire comprendre aux élèves que les trois étages vont avec la ligne de base. 

 

La partie gauche de la page où l'on ne doit pas écrire est clairement délimitée par une marge. De nombreux enfants ont du mal à percevoir cette marge comme "point de départ", d'où l'intérêt des exercices où l'on colorie, par exemple, le premier étage un carreau sur deux à partir de la marge

 

A ce propos, notons que pour un élève qui a du mal à se repérer dans la page, une consigne du type "on écrit la date à 4 carreaux de la marge, on souligne, on saute deux lignes, on écrit la matière à 6 carreaux de la marge, on souligne deux fois, on saute une ligne, on écrit le numéro de l'exercice dans la marge, on commence l'exercice sur la même ligne à 2 carreaux de la marge" est tout simplement impossible à suivre. 

 

Mieux vaut donner des consignes simples : on écrit à partir de la marge et seul l'enseignant a le droit d'écrire dans la marge. Ainsi, tout est aligné, et l'élève se repère mieux. De plus, pour les petits cahiers (17 x 22 cm), le fait de commencer à écrire à la marge gagne une place précieuse, car les lignes ne sont pas grandes !

 

 

Hauteur des lettres

La raison d'être du lignage Seyès est de donner un appui pour chacune des lettres de notre alphabet : toutes les lettres sont posées sur la ligne de base, les lettres basses occupent un interligne en hauteur (a, c, e, i, m, n, o, r, s, u, v, w, x), les lettres en pointe montent au deuxième interligne (d, t), les lettres en boucles montent jusqu'au troisième interligne (b, f, h, k, l), les lettres descendantes utilisent deux interlignes environ vers le bas (f, g, j, p, q, y, z). 

 

Pour démarrer l'apprentissage de l'écriture, on utilise parfois des cahiers dits "lignage maternelle" ou "double ligne", qui se présentent ainsi :

 

 

L'inconvénient de ces cahiers est qu'il n'y a pas de distinction entre la hauteur prévue pour les lettres à deux interlignes (d, t) et les lettres à trois interlignes (boucles) ; cela oblige à dire aux enfants d'arrêter les d et les t "un peu avant la ligne", sans leur donner aucun appui.  De plus, l'espacement vers le haut est le même que celui vers le bas, alors que normalement les lettres descendantes descendent un peu moins que ne montent les lettres montantes...

 

A mon sens, mieux vaut démarrer directement par l'utilisation de lignage Seyès agrandi. Mon format préféré est le 3 mm, car le 4 mm demande aux enfants de trop tirer sur leurs petits doigts pour arriver à faire les grandes boucles, ce qui les incite à former la lettre d'un mouvement du poignet. A l'inverse, le 2 mm est un peu trop petit et demande trop de précision pour la plupart des élèves de grande section / début de CP.

 

Les télescopages

 

L'un des phénomènes qui gène certains enfants avec les lignages Seyès, c'est que l'espace entre les lignes est commun aux lettres descendantes de la ligne du haut et aux lettres montantes de la ligne du bas. Ainsi, si on se retrouve à devoir écrire le mot "souffle" juste au-dessous du mot "affreux", les boucles montantes du bas vont se télescoper avec les boucles descendantes du haut. 

 

Généralement, quand on écrit, on anticipe le problème en prévoyant un léger décalage des mots pour éviter que les boucles se rentrent les unes dans les autres. Mais pour certains enfants, cette anticipation est difficile à mettre en place. 

 

Anne-Gaël Tissot, rééducatrice en écriture, a créé pour son premier petit élève dyspraxique un papier Seyès spécial, qui introduit des interlignes supplémentaires entre chaque ligne, afin que chaque lettre ait son espace propre et qu'il reste même du blanc entre les lignes. La ligne de base (jusqu'au premier interligne) est indiquée en couleur plus foncée, pour que l'enfant repère aisément que cette ligne doit toujours être occupée. Les interlignes suivants sont matérialisés par des couleurs de plus en plus pâles. 

 

Ce papier s'appelle "papier Gurvan", en l'honneur du petit garçon pour lequel il a été créé. 

 

 

 

 

Les fins de lignes

 

De nombreux élèves ont du mal à gérer les fins de lignes. A mon avis, il y a deux raisons principales à cela :

1/ une méconnaissance des règles de césure,

2/ une mauvaise perception de l'espace restant sur la ligne.

 

Pour répondre au second problème, le lignage proposé ci-dessus matérialise par une ligne discontinue la limite au-delà de laquelle il ne faut pas commencer à écrire un nouveau mot. Il peut être utile de l'utiliser en classe — ou de tracer tout simplement au crayon à papier une ligne à environ deux carreaux de la droite de la page, pour donner un repère à l'enfant. 

 

Pour ce qui concerne les règles de césure, il me semble qu'il faut apprendre aux enfants, dès le CP :

- qu'on coupe de manière générale le moins possible les mots

- qu'on ne coupe JAMAIS à l'intérieur d'une syllabe, encore moins à l'intérieur d'un son ! 

- qu'on peut couper les longs mots de deux syllabes ou plus entre deux syllabes (ou entre deux consonnes identiques). 

 

Si vous avez besoin de feuilles Gurvan pour certains de vos élèves, vous pouvez les télécharger ici :

Papier Gurvan 2 mm.pdf (14093)

Papier Gurvan 3 mm.pdf (5327)

 

 

 

 

 

 

 

 

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